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Retour d'expérience : direction le Tamil Nadu en Inde

Dernière mise à jour : 9 août 2023


Léna, adhérente bénévole à TDHF, s’est engagée pendant un mois auprès de notre partenaire en Inde, Integrated Rural Development Society (IRDS) dans les villages tamouls des districts de Villupuram et de Cuddalore. De retour en France, elle nous partage son expérience.



Sur les chemins d’Inde…


Je suis partie en Inde, pleine de curiosité, conduite par plusieurs envies. Pour commencer, il grandissait en moi un désir de voyage, de découvertes, d’explorations socio-culturelles. Je souhaitais appréhender la culture tamoule que j’avais rencontrée pour la première fois dans mon enfance, par le mariage de mon cousin avec une Tamoul pondichérienne. J’avais également l’intention de construire mon mémoire de recherche sur des problématiques socio-environnementales en Inde au cours de mon volontariat, pour me rapprocher au plus près des réalités actuelles vécues dans les villages. Mais j’étais aussi portée par la volonté d’agir sur place et de participer à des projets écologiques avec et pour les populations locales.


Travailler auprès de l’IRDS a été pour moi une façon de concilier tous ces objectifs, en alimentant non seulement mon mémoire, mais aussi en m’engageant auprès des femmes, enfants et jeunes Tamouls dans une perspective de résilience face au changement climatique dans les villages des districts de Villupuram et Cuddalore au Tamil Nadu.



L’Inde et l’environnement

Déchets dans l’étang urbain de Kanagan, près de Pondichéry dans le Tamil Nadu

Souvent, lorsque l’on pense à l’Inde, vient d’abord l’idée de la surpopulation, le pays ayant devancé la Chine d’un point de vue démographique cette année, avec ses 1,417 milliard d’habitants. Il va de soi que cette explosion démographique soumet l’Inde à une pression environnementale sans précédent.


Dans nos imaginaires émerge l’image d’un territoire saturé par les déchets qui pullulent dans les rues, dans les lacs, sur les plages, etc. L’Inde produit plus de 4 millions de tonnes de déchets plastiques par an, ce qui expose les populations et la biodiversité à des risques toujours plus importants.




L'Inde est aussi l’un des pays les plus touchés par le risque de catastrophes naturelles. L’accroissement de la fréquence et de l’intensité d'événements météorologiques extrêmes (canicules, sécheresses, fortes précipitations,...) pousse parfois les systèmes naturels et les humains au-delà de leurs limites d’adaptation. Selon le rapport 2019 du Global Climate Risk Index, les inondations représentent 52% du total des désastres naturels. Le sous-continent indien demeure l’une des régions les plus affectées par les cyclones, et enregistre près de 10% des cyclones tropicaux survenus dans le monde. L’Inde a également subi au cours des vingt dernières années deux des plus graves sécheresses au monde, en 2002 et 2014, affectant respectivement 300 et 330 millions d’indiens. Le pays apparaît ainsi de plus en plus vulnérable face au changement climatique.

Sécheresse sur les terres Panchami du village d’Idhili, destinées à l’agriculture

Aux côtés de notre partenaire local : l’Integrated Rural Development Society (IRDS)

Affiche de Bhimrao Ramji Ambedkar

L’IRDS est une organisation non gouvernementale créée en 1981 qui œuvre pour les droits socio-environnementaux des femmes et jeunes dalits, basée dans le district de Villupuram, à Alambadi. Elle est portée par Nicholas Chinnapan, qui lutte à la fois pour la récupération des terres Panchami léguées par les britanniques à la fin du XIXe siècle, la lutte contre les discriminations de caste et le développement des villages dalits dans une perspective d’adaptation face au changement climatique. Les murs du centre associatif sont couverts par l’affiche de Bhimrao Ramji Ambedkar, grande figure de l’Indépendance et leader des intouchables, qui a largement œuvré pour lutter contre la discrimination sociale de castes.



Les terres Panchami


Lors de mon volontariat, j'ai pu aller à la rencontre des villages bénéficiaires des terres Panchami, comme Krunapuramam Merum, dont la restitution a été signée le 5 avril par le gouvernement indien ou encore les villages de Emapper et Indhili qui vont être restituées sous peu. Je me suis rendue sur les terres, mais j’ai aussi rencontré les villageoises qui se sont battues pour leur restitution. L'objectif était de mieux comprendre leurs conditions de vie actuelles et ce que les terres représentent pour les dalits.


Dalits du village d’Indhili
Terres Panchami du village Kozhundharapattu destinées non pas à l’agriculture mais à la construction d’habitations


Les jeunes en action dans les écoles


Un programme de plantation d’arbres fruitiers dans les écoles - jack fruit, goya fruit, et autres - a été lancé lors de mon volontariat. Je me suis déplacée dans cinq écoles différentes, parfois essentiellement dalit, parfois de castes mixtes dans le district de Villupuram. Vingt-deux arbres furent plantés dans chaque école, avec les enseignants et les enfants.


J’ai eu l’occasion d’échanger avec les élèves dans un second temps. J’ai été surprise de voir à quel point ils étaient actifs et enjoués à l’idée de répondre à mes questions en lien avec l’environnement et le changement climatique. J’ai proposé deux sessions de dessins, dans deux écoles différentes, au travers desquelles ils avaient pour consigne d'exprimer ce que représentait leur environnement pour eux.

Ecole primaire de Veerachazhapuram, 64 élèves

La Journée de la Terre, dédiée à la conservation de l’eau


Le 20 avril, nous avons organisé une journée sur le thème de la conservation de l’eau dans le centre de l’association, à Alambadi. 92 villageoises et jeunes, issus de 33 villages différents, se sont déplacées pour participer à la réunion. Les discussions sur la pollution de l’eau, les ateliers par groupe de 8-10 personnes, la restitution par 10 jeunes représentants 10 villages différents, et la plantation des radis furent très stimulants pour moi. J’ai en effet réalisé à quel point les femmes et jeunes étaient conscients des enjeux environnementaux actuels et de la nécessité d’agir pour pallier les problèmes identifiés.

Restitution par les jeunes des ateliers de groupe sur la valeur de l’eau et les solutions identifiées pour conserver cette ressource


Un mémoire qui se construit : la vulnérabilité climatique des dalits face aux risques naturels


L’enjeu de mon mémoire de recherche réside dans la caractérisation et l’évaluation de la vulnérabilité climatique des dalits dans le district de Villupuram. J’envisage d’adopter une analyse à l’échelle de trois villages : Perumpattu, Emapper et Kallakuchiry, respectivement touchés par l’aléa cyclone, inondation et sécheresse.


Je compte adopter une approche émotionnelle et plus individuelle pour mettre en exergue toutes les dimensions de la sensibilité face au changement climatique. Le détour par l’anthropologie de la vulnérabilité, qui traduit le concept de “vulnérabilité” par des “déchirures cognitives” (Naepels, 2019) est intéressant à mobiliser pour mon travail. Ainsi, la catastrophe naturelle laisse transparaître des “fractures mémorielles et états émotionnels”, qui peuvent eux aussi attester de la vulnérabilité d’un individu.


Le recueil de récits et témoignages par le biais d'entretiens (j’ai pu en recueillir 17 grâce à l’aide de Nicholas) apparaît donc une méthode à privilégier pour l’enquête de terrain. L'objectif est de comprendre toute l’ampleur de la marginalisation dont souffrent les dalits alors en situation de “double peine” (Roblin, 2019), idée selon laquelle les perturbations environnementales et l’exclusion sociale ne peuvent pas être pensées l’un sans l’autre. En effet, si les conditions de caste s’assouplissent, si le lien entre caste et profession s'affaiblit, et si les hautes castes abandonnent progressivement leur préjugés sur les basses castes (Deshpande, 2005), les dalits restent encore largement discriminés dans leur accès aux terres et aux ressources, au crédit et à l’éducation. Ils demeurent donc plus vulnérables aux effets du changement climatique. L’enjeu est ainsi de comprendre en quoi les risques naturels alimentent la vulnérabilité sociale, et inversement, en quoi la vulnérabilité sociale des dalits accroît leur sensibilité climatique dans le district.


Premiers dalits interviewés : Arun Pandiyan, Sithvarvali, Arul Jothi et Induja

Un grand merci à Léna d'avoir choisi notre association pour l'aider dans ses projets ! L'IRDS continue à œuvrer en Inde pour mettre en place de modèles alternatifs de développement et préserver les terres. Nous recevons régulièrement des nouvelles de Nicholas sur l'avancée du projet. Restez connectés pour en savoir plus !



À travers notre projet en Inde, notre association a été agréée pour rejoindre le collectif 1% for the Planet.






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